—Ne regardez pas hors de la table, s'écria Priyamvada d'un ton suppliant; vous rompriez le charme.
Docile à l'injonction de sa brune cousine, Volmerange inclina de nouveau le front.
—Que voyez-vous maintenant?
—Un cercle coloré se dessine au fond de la coupe.
—Rien qu'un seul?
—Oh! le voici qui se dédouble et brille nuancé de toutes les couleurs du prisme.
—Deux, ce n'est pas assez, il en faut trois: un pour Brahma, un pour Wishnou, un pour Shiva. Regardez bien attentivement; je vais répéter l'incantation, dit Priyamvada en reprenant son attitude excentrique.
Le troisième cercle parut; d'abord indécis et décoloré, pareil à ces ombres d'are-en-ciel qui se projettent à côté du véritable; bientôt il arrêta ses contours et s'inscrivit radieux et brillant à côté des deux autres.
—Il y a trois cercles à présent, s'écria le comte, qui, malgré son incrédulité européenne, ne pouvait s'empêcher d'être étonné de l'apparition de ces trois anneaux flamboyants, qu'aucune raison physique n'expliquait.
—Les anneaux y sont tous les trois, dit Priyamvada; le cadre est prêt. Esprits, amenez celui qu'on veut voir. En quelque partie du monde et en quelque temps qu'il ait vécu, fût-ce avant Adam, qui est enterré dans l'île de Serendib, forcez-le à paraître et à se trahir lui-même, ombre s'il est mort, portrait s'il est vivant.