Ces paroles, dites du ton le plus solennel, firent pencher plus avidement Volmerange sur la coupe. Devait-il croire à l'efficacité des incantations magiques de Priyamvada? Ses préjugés d'homme civilisé se révoltaient à cette idée, et cependant les effets déjà produits ne lui permettaient guère d'être incrédule. Son incertitude, en tout cas, ne devait pas durer longtemps.
Au fond de la coupe, dans l'espace circonscrit par les trois anneaux lumineux, Volmerange vit apparaître, dans les profondeurs d'un immense lointain, un point qui s'approchait avec rapidité, se dessinant de plus en plus nettement.
—Voyez-vous apparaître quelque chose? dit Priyamvada à Volmerange.
—Un homme dont je ne puis encore discerner les traits, s'avance vers moi.
—Lorsque vous le verrez plus distinctement, tâchez de bien graver ses traits dans votre mémoire; car je ne puis deux fois détacher un spectre de la même personne, ajouta la jeune Indienne d'un ton grave.
La figure évoquée prenait plus de précision, ébauchée sous l'eau par un pinceau mystérieux; un éclair traversa la coupe, et Volmerange reconnut, à n'en pouvoir douter, la tête pâle et fine de Xavier.
Il poussa un cri d'étonnement et de rage; le nuage laiteux remplit de nouveau la coupe, l'image se troubla et tout disparut.
—Dolfos! un des membres de notre junte, poursuivit Volmerange atterré.
Dolfos était le vrai nom de Xavier, qui n'était connu d'Édith que sous ce pseudonyme. Xavier, ou, pour mieux dire, Dolfos, ne pouvant prévoir cette scène d'hydromancie, avait cru ajouter ainsi à l'obscurité dont il avait enveloppé sa ténébreuse intrigue.
Priyamvada, qui ne paraissait nullement surprise de ce résultat prodigieux, reversa l'eau du Gange dans le vase où elle l'avait puisée.