—Maintenant, mon cher seigneur peut se venger s'il le veut, dit la jeune fille; par mon art, je lui ai donné le signalement du coupable.
—Écoute, Priyamvada, rugit le comte en se redressant de toute sa hauteur, je te suivrai dans l'Inde, je ferai tout ce que tu voudras; mon cœur et mon bras t'appartiennent pour le service que tu viens de me rendre. Maintenant, laisse-moi sortir d'ici; je suis tout à ma vengeance.
—Va! répondit Priyamvada, sois terrible comme Durga plongeant son trident au cœur du vice, féroce comme Narsingha, l'homme-lion, déchirant les entrailles d'Hiranyacasipu.
Et elle prit la main du comte, qu'elle conduisit par différents détours jusqu'à une porte qui donnait sur la rue.
Quand elle revint, Dakcha, qui avait suivi toute cette scène, caché derrière le rideau, était debout au milieu de la chambre, le coude appuyé sur le bras et le menton sur la paume de la main, dans une attitude méditative. Au bout de quelques secondes, il dit à Priyamvada:
—Je pense, jeune fille, que tu as eu tort de laisser aller le cher seigneur... S'il ne revenait pas?
—Il reviendra, répondit l'Indienne en faisant luire, derrière l'anneau de brillants de ses narines, un sourire plein de malice et de coquetterie naïve.
Lorsque Volmerange se trouva dans la rue, il crut avoir été le jouet d'un rêve. Devait-il ajouter foi à cette fantasmagorie, et Dolfos était-il véritablement le coupable? Un secret instinct lui disait oui, quoiqu'il ne pût appuyer sa conviction d'aucun indice.
En supposant qu'il fût coupable, comment le lui prouver? La seule créature qui eût pu dire la vérité roulait vers la mer, du moins Volmerange le croyait, emportée par les flots bourbeux de la Tamise; et, d'ailleurs, où trouver Dolfos, qu'il n'avait pas vu depuis deux ou trois ans, dont il ignorait complètement le genre de vie, car cette nature froide et souterraine lui avait toujours été antipathique? Ils s'étaient rencontrés quelquefois et leurs rapports s'étaient maintenus dans cette politesse stricte qui touche à l'insulte. Quelques affaires de femmes, où Dolfos, en rivalité avec Volmerange, n'avait pas eu le dessus, semblaient avoir laissé dans l'âme du premier une rancune profonde qu'il cachait soigneusement, mais qui avait fait pulluler les vipères dans ce cœur malsain.
Une autre incertitude torturait Volmerange. Dolfos avait peut-être agi d'après les ordres de la junte, et alors, appuyé par cette puissante association, il pourrait échapper au châtiment qu'il méritait; un vaisseau l'emportait sans doute vers un pays inconnu et le dérobait pour toujours à ses recherches.