Se voyant perdu, Dolfos se jeta par terre, et, s'aplatissant comme un tigre, saisit Volmerange par les jambes et le fit tomber.
Alors commença une lutte affreuse. Serré par l'étreinte furieuse de Dolfos, dont la lâcheté au désespoir se tournait en rage de bête fauve, Volmerange ne pouvait se servir de son épée. Il essaya bien d'abord de la planter dans le dos de Dolfos, dût-il, en clouant son adversaire sur lui, se traverser le cœur; mais il ne put y réussir, le fer lui échappa. De sa main devenue libre, il empoigna son ennemi à la gorge.
La chute des deux adversaires avait eu lieu près de la fosse ouverte. En se roulant par terre dans les soubresauts et les convulsions de ce combat de cannibales, Volmerange et Dolfos arrivèrent près du trou béant et y roulèrent, sans se quitter, pêle-mêle avec la terre éboulée.
Seulement, Dolfos était dessous. Les doigts de Volmerange s'incrustaient dans ses chairs et l'étranglaient comme fait une garrotte espagnole. L'écume montait aux lèvres du misérable; un râle sourd grommelait dans sa gorge, et ses membres se roidissaient... Mais bientôt ces tressaillements cessèrent, et Volmerange, s'arrachant à l'étreinte du cadavre, s'élança sur le bord de la fosse et dit:
—Un mort qui s'est enterré lui-même, on n'est pas plus complaisant que cela!
Et, prenant la bêche, il recouvrit en toute hâte le corps du vaincu, égalisant la terre avec soin et piétinant sur la place pour faire affaisser le sol nouvellement remué.
—Maintenant que ce compte est réglé, allons voir Priyamvada et quittons cette vieille Europe, où je laisse deux cadavres!
XV
Nous avons quitté la Belle-Jenny débusquant de la Tamise et gagnant la haute mer. Le but du voyage, le capitaine l'ignorait sans doute; car, lorsque les grandes vagues du large commencèrent à laver le bordage du navire, il demanda respectueusement à Sidney, rêveusement assis sur un tas de cordages roulés:
—Maître, où donc allons-nous?