—Vous le saurez quand nous serons arrivés, cher capitaine Peppercul.

—Oh! je ne le demande pas par curiosité, reprit le capitaine; mais le timonier est là qui attend pour pousser à droite ou à gauche la roue de son gouvernail.

—C'est juste, répliqua sir Arthur Sidney avec un léger sourire, sans toutefois indiquer de destination.

—Le vent, continua Peppercul, a sauté depuis hier, il fait un temps superbe pour sortir de la Manche et entrer dans l'Océan: si pourtant vous avez affaire dans la Baltique ou près du pôle, en louvoyant et en courant des bordées, on tâchera d'arriver.

—Puisque le vent nous pousse hors de la Manche, dit Sidney avec un air d'insouciance admirablement joué s'il n'était pas vrai, laissons faire le vent!

Le capitaine donna aussitôt les ordres pour qu'on fît tomber la Belle-Jenny dans le lit de la brise. En un clin d'œil les voiles furent orientées, et le navire, pris en poupe par un souffle vif et soutenu, s'avança rapidement entre deux crêtes d'écume.

Voyant que Sidney gardait le silence, Peppercul ne jugea pas à propos de faire d'effort pour soutenir la conversation et se retira respectueusement à quelque distance.

Jack, l'ami de Mackgill, était en train de faire une épissure à une corde, lorsque Sidney l'appela.

—Faites monter dans ma cabine la femme que nous avons recueillie cette nuit.

—Je vais l'apporter sur-le-champ à Sa Seigneurie, répondit Jack en plongeant par une écoutille comme un diable d'opéra qui disparaît dans le gouffre d'une trappe.