Dans la huche restait une miche tout entière, car, depuis longtemps, la malheureuse, nourrie par son chagrin, ne mangeait plus.

Elle fendit cette miche, se souvenant qu’autrefois, avec la mie, elle avait fait, pour amuser Hanz, des pigeons, des canards, des poules, des sabots, des barques et autres puérilités.

Plaçant la mie dans le creux de sa main, et la pétrissant avec son pouce en l’humectant de ses larmes, elle fit une paire de petits souliers de pain dont elle chaussa les pieds froids et bleuâtres de l’enfant mort, et, le cœur soulagé, elle rabattit le linceul et ferma la bière.—Pendant qu’elle pétrissait la mie, un pauvre s’était présenté sur le seuil, timide, demandant du pain; mais de la main elle lui avait fait signe de s’éloigner.

Le fossoyeur vint prendre la boîte, et l’enfouit dans un coin du cimetière sous une touffe de rosiers blancs: l’air était doux, il ne pleuvait pas, et la terre n’était pas mouillée; ce fut une consolation pour la mère, qui pensa que son pauvre petit Hanz ne passerait pas trop mal sa première nuit de tombeau.

Revenue dans sa maison solitaire, elle plaça le berceau de Hanz à côté de son lit, se coucha et s’endormit.

La nature brisée succombait.

En dormant, elle eut un rêve, ou, du moins, elle crut que c’était un rêve.

Hanz lui apparut, vêtu, comme dans sa bière, de sa robe des dimanches, de sa pelisse à fourrure de cygne, ayant à la main sa poupée aux yeux d’émail, et aux pieds ses souliers de pain.

Il semblait triste.