Les autres fantômes lui frappaient sur l’épaule en passant, et lui disaient:
«Nous allons dans les étoiles, viens donc avec nous.»
L’ombre au pied d’albâtre leur répondait:
«Non! je ne veux pas aller dans les étoiles; je voudrais vivre six mois encore.»
Toute la file passa, et l’ombre resta seule, balançant ses jolis petits pieds, et frappant le mur de son talon nuancé d’une teinte rose, pâle et tendre comme le cœur d’une clochette sauvage; quoique sa figure fût voilée, je la sentais jeune, adorable et charmante, et mon âme s’élançait de son côté, les bras tendus, les ailes ouvertes.
L’ombre comprit mon trouble par intention ou sympathie, et dit d’une voix douce et cristalline comme un harmonica:
«Si tu as le courage d’aller embrasser sur la bouche celle qui fut moi, et dont le corps est couché dans la ville noire, je vivrai six mois encore, et ma seconde vie sera pour toi.
Je me levai, et me fis cette question:
A savoir, si je n’étais pas le jouet de quelque illusion, et si tout ce qui se passait n’était pas un rêve.