C’était une dernière lueur de la lampe de la raison éteinte par le sommeil.
Je demandai à mes deux amis ce qu’ils pensaient de tout cela.
L’imperturbable Karr prétendit que l’aventure était commune; qu’il en avait eu plusieurs du même genre, et que j’étais d’une grande naïveté de m’étonner de si peu.
Esquiros expliqua tout au moyen du magnétisme.
«Allons, c’est bien, je vais y aller; mais je suis en pantoufles.....
—Cela ne fait rien, dit Esquiros, je pressens une voiture à la porte.»
Je sortis, et je vis, en effet, un cabriolet à deux chevaux qui semblait attendre. Je montai dedans.
Il n’y avait pas de cocher.—Les chevaux se conduisaient eux-mêmes; ils étaient tout noirs, et galoppaient si furieusement, que leurs croupes s’abaissaient et se levaient comme des vagues, et que des pluies d’étincelles petillaient derrière eux.
Ils prirent d’abord la rue de La-Tour-d’Auvergne, puis la rue Bellefonds, puis la rue Lafayette, et, à partir de là, d’autres rues dont je ne sais pas les noms.
A mesure que la voiture allait, les objets prenaient autour de moi des formes étranges: c’étaient des maisons rechignées, accroupies au bord du chemin comme de vieilles filandières, des clôtures en planches, des réverbères qui avaient l’air de gibets à s’y méprendre; bientôt les maisons disparurent tout à fait, et la voiture roulait dans la rase campagne.