Sous l'Empire ont été faits les ponts: d'Austerlitz, commencé en 1802, achevé en 1807, reconstruit en 1834; des Arts, commencé en 1802, achevé en 1804; d'Iéna, commencé en 1809, achevé en 1813. Le premier fait communiquer le quartier de la Bastille avec celui du Jardin-des-Plantes ou le boulevard Mazas avec le boulevard de l'Hôpital; le deuxième va du Louvre au palais de l'Institut, et n'est praticable que pour les piétons; le troisième, qui est le plus beau et le plus élégant de Paris, conduit de Chaillot au Champ-de-Mars: en 1815, les Prussiens le minèrent pour le faire sauter.
Les ponts suspendus des Invalides et d'Arcole ont été construits en 1829 et en 1831; démolis et reconstruits en 1853 et 1854. Le dernier, qui mène de la place de Grève à la Cité, a été le théâtre d'un combat en 1830. Les ponts Louis-Philippe, de l'Archevêché, du Carrousel datent de 1832 à 1836. Enfin on a construit récemment, en 1855, le pont de l'Alma qui unit le quartier de Chaillot et celui du Gros-Caillou, et en face duquel on doit ouvrir une avenue allant à la barrière de l'Étoile. Le nombre des ponts de Paris s'élève ainsi à dix-neuf. Ce nombre est insuffisant: avec dix-neuf ponts, le Paris de nos jours, qui s'étend sur la Seine pendant deux lieues, a réellement moins de voies de communication entre ses deux rives que le Paris du moyen âge, qui bordait le fleuve pendant quelques centaines de mètres, avec ses quatre et même ses cinq ponts. Ajoutons à cela que, jusqu'en 1848, sept de ces ponts étaient à péage, c'est-à-dire interdits à la plupart des habitants. Après la révolution de février, la municipalité a enfin compris qu'elle doit aux citoyens la libre et gratuite circulation sur les ponts comme dans les rues, et la capitale a été enfin délivrée de ces ponts à péage, invention inique du temps de l'Empire, et que le Paris de saint Louis ne connaissait pas.
LIVRE II.
PARIS SEPTENTRIONAL.
CHAPITRE PREMIER.
LA PLACE DE GRÈVE, LA RUE SAINT-ANTOINE, LA PLACE DE LA BASTILLE, LE FAUBOURG SAINT-ANTOINE.
§ Ier.
La Place de Grève et l'Hôtel-de-ville.
La place de Grève ou de l'Hôtel-de-Ville n'était, dans l'origine, comme son nom l'indique, qu'une grève, que le fleuve couvrait souvent de ses eaux. Il s'y tint, à une époque très-reculée d'où datent probablement ses premières maisons, un marché qui fut supprimé en 1141. Vers la fin du XIIIe siècle, le Parloir-aux-Bourgeois, qui s'était tenu d'abord à la Vallée de misère, près du grand Châtelet, vint s'y établir dans une maison dite aux Piliers, et alors commença la célébrité de cette place destinée aux rassemblements populaires, aux réjouissances publiques, aux exécutions criminelles, et qui a été témoin de tant de tumultes, de tant de fêtes, surtout de tant de supplices! Que de foules se sont entassées là autour de l'échafaud! que d'hommes on y a tués, innocents ou coupables! que de tortures y ont été souffertes, depuis 1310, où la première victime, Marguerite Porrette, fut brûlée pour hérésie religieuse, jusqu'en 1822, où Bories, Goubin, Pommier, Raoulx furent décapités pour hérésie politique! «Si tous les cris, dit Charles Nodier, que le désespoir y a poussés sous la barre et sous la hache, dans les étreintes de la corde et dans les flammes des bûchers, pouvaient se confondre en un seul, il serait entendu de la France entière.»