Amour m'a refait
En 525 tout à fait.

C'est dans une maison de cette rue que se tenait le comité d'insurrection de Babeuf, Darthé, Buonarotti et autres conspirateurs de 1796; c'est là qu'ils furent arrêtés.

8º Rue Mauconseil.--Elle existait en 1250 et tirait son nom d'un de ses habitants. Elle prit en 1790 celui de Bon-Conseil et le donna à une section que nous avons vue se distinguer par ses motions et ses actes révolutionnaires: ce fut elle qui la première proclama la déchéance de Louis XVI, dénonça les Girondins comme complices de Dumouriez, entra, au Ier prairial, dans la salle de la Convention. Cette section était principalement menée par un cordonnier de la rue Mauconseil, Lhuillier, ami de Robespierre et qui périt avec lui.

Dans cette rue était situé l'hôtel d'Artois, dont nous avons déjà parlé (Hist. gén. de Paris, p. 31). Cet hôtel resta dans la maison de Bourgogne jusqu'à la mort de Charles-le-Téméraire; alors il revint au domaine royal, cessa d'être habité et tombait en ruines quand François Ier, en 1543, ordonna de le vendre, comme ne servant «qu'à encombrer, empêcher et difformer la ville.» Sur une partie des bâtiments on ouvrit la rue Française ou plutôt Françoise. L'autre partie fut achetée par les confrères de la Passion unis aux Enfants-sans-Souci, qui y construisirent un théâtre, dont la porte principale avait pour armoiries les instruments de la Passion. Le Parlement ayant interdit aux confrères de jouer des mystères et aux Enfants-sans-Souci des pièces satiriques, ces comédiens louèrent leur privilége et leur hôtel à une troupe nouvelle, qui représenta des bouffonneries, des pastorales, des tragi-comédies. «A cette époque, dit Sorel, l'hôtel de Bourgogne n'était qu'une retraite de bateleurs grossiers et sans art, qui allaient appeler le monde au son du tambour jusqu'au carrefour Saint-Eustache.» Plus tard, les comédiens et les pièces devinrent meilleurs; et c'est là que furent jouées les tragédies de Jodelle et de Baïf sous Henri II et Charles IX, de Garnier sous Henri III et Henri IV, de Hardy et de Mairet sous Louis XIII, enfin les chefs-d'œuvres de Corneille et de Racine jusqu'en 1680. On aura idée de ce que pouvait être ce théâtre par l'ordonnance de police de 1609, qui faisait défense aux comédiens «de finir plus tard qu'à quatre heures et demie en hiver, d'exiger plus de cinq sols au parterre et dix sols aux loges,» etc. Les acteurs, de l'hôtel de Bourgogne restèrent la seule troupe privilégiée jusqu'en 1600, où une partie d'entre eux alla fonder le théâtre du Marais, et surtout jusqu'en 1658, où Molière et sa troupe vinrent leur faire une rivalité redoutable: on sait combien notre grand poète s'est moqué de Montfleury, de Beauchâteau, de Hauteroche et autres comédiens de l'hôtel de Bourgogne, qui «savent faire ronfler les vers et s'arrêter au bel endroit.» En 1676, la confrérie de la Passion, qui était restée propriétaire de l'hôtel de Bourgogne, fut supprimée et ses revenus attribués à l'Hôpital-Général «pour être employés à la nourriture et à l'entretien des enfants trouvés.» Quatre ans après, la troupe royale de l'hôtel de Bourgogne fut réunie à la troupe du roi, fondée par Molière et alors établie rue Mazarine, et toutes deux formèrent définitivement la Comédie française. Alors le théâtre de l'hôtel de Bourgogne étant vacant, Scaramouche, Dominique, Carlin et autres farceurs italiens, qui avaient eu jusque-là leur théâtre au palais du Petit-Bourbon, vinrent s'y établir, et ils y jouèrent jusqu'en 1697, où le scellé fut mis sur leur porte «à cause qu'on n'y observoit plus les règlemens que Sa Majesté avoit faits, que l'on y jouoit encore des pièces trop licencieuses et que l'on ne s'y étoit point corrigé des obscénités et gestes indécens.» Le théâtre ne servit plus qu'au tirage des loteries jusqu'en 1716, où le duc d'Orléans autorisa le rétablissement des comédiens italiens, la propriété de l'hôtel restant, à l'Hôpital-Général; et alors le manoir où Jean-Sans-Peur médita le meurtre de son cousin d'Orléans «devint, dit Charles Nodier, la maison des bords de la Seine où l'on a ri de meilleur cœur depuis la fondation de Paris jusqu'à l'an de grâce où nous vivons.» En 1762, les Italiens furent réunis à l'Opéra-Comique, et l'on joua alors à l'hôtel de Bourgogne les pièces de Marivaux, de Favart, de Sédaine, les opéras de Grétry, de Philidor, de Monsigny, enfin les drames de Mercier, les vaudevilles de Piis, les petites comédies de Desforges, de Florian, etc. En 1783, les comédiens, qu'on continuait à appeler Italiens, furent transférés à la salle Favart, sur le boulevard des Italiens; le théâtre de l'hôtel de Bourgogne fut définitivement fermé, et, l'année suivante, cette maison, où nos pères se sont récréés pendant dix à douze générations, où le Cid et Andromaque ont été applaudis, fut transformée et devint ce qu'elle est encore, la halle aux cuirs.

9° Rue du Caire.--Nous avons dit que cette rue avait été ouverte sur l'emplacement du couvent des Filles-Dieu. Elle communique par la rue de Damiette avec une grande cour bien bâtie, habitée par des fabricants, dite cour des Miracles. «Ce nom, dit Jaillot, étoit commun à tous les endroits où se retiroient autrefois les gueux, les mendiants, les vagabonds, les gens sans aveu, et celui-ci étoit des plus considérables.»--«La cour des Miracles, ajoute Sauval, consiste en une place d'une grandeur très-considérable et en un très-grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, qui n'est point pavé. Autrefois il confinoit aux dernières extrémités de Paris; à présent il est situé dans l'un des quartiers des plus mal bâtis, des plus sales et des plus reculés de la ville, entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu et la rue Neuve-Saint-Sauveur, comme dans un autre monde. Pour y venir, il se faut souvent égarer dans de petites rues vilaines, puantes, détournées; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente, tortue, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison de boue à moitié enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas quatre toises en carré, et où logent néanmoins plus de cinquante ménages chargés d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels ou dérobés. On m'a assuré que dans ce petit logis et dans les autres habitoient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes sur les autres. Quelque grande que soit cette cour, elle l'étoit autrefois beaucoup davantage; de toutes parts elle étoit environnée de logis bas, enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tous pleins de mauvais pauvres. On s'y nourrissoit de brigandages, on s'y engraissoit dans l'oisiveté, dans la gourmandise et dans toutes sortes de vices et de crimes. Là chacun mangeoit le soir ce qu'avec bien de la peine et souvent avec bien des coups il avoit gagné tout le jour; car on y appeloit gagner ce qu'ailleurs on appelle dérober. Chacun y vivoit dans une grande licence; personne n'y avoit ni foy ni loi; on n'y connaissoit ni baptême, ni mariage, ni sacrement. Il est vray qu'en apparence ils sembloient reconnoître un Dieu; et, pour cet effet, au bout de leur cour, ils avoient dressé dans une grande niche une image de Dieu le père qu'ils avaient volée dans quelque église, et où, tous les jours, ils venoient adresser leurs prières[47]

En 1656, Louis XIV dispersa ces troupes de mendiants, soit en les renvoyant dans leurs provinces, soit en les enfermant dans les hôpitaux. «Depuis ce temps, dit Jaillot, ces sortes d'asiles, où la mauvaise foi, la dissolution et tous les crimes habitoient, ne sont occupés que par des artisans et de pauvres familles qui n'ont point à rougir de leur infortune.»

Dans la cour des Miracles a demeuré Hébert ou le père Duchesne, le chef de cette abominable faction qui, par ses folies et ses atrocités, a jeté sur la révolution un déshonneur ineffaçable. «Pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies, disait Desmoulins, il avait besoin de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine.» Robespierre l'envoya à l'échafaud le 4 germinal an II.

10° Rue Bourbon-Villeneuve, ou d'Aboukir.--Au XVIe siècle, on avait commencé à bâtir cette rue sur des terrains appartenant aux Filles-Dieu, et on l'avait appelée le faubourg de Villeneuve. Pendant les troubles de la Ligue, ce faubourg fut démoli pour mettre la ville en état de défense contre Henri IV. On le rétablit sous Louis XIII, mais les constructions ne furent achevées que sous Louis XV.

§ II.