— « Vous n'êtes pas piqué? »

On mesure ainsi la distance qui sépare M. Jourdain de nos mercantis. Et qui osera soutenir que l'épreuve n'est pas toute à la gloire de ce brave M. Jourdain?

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M. Jourdain n'avait pas l'ambition d'étonner ou de surpasser le comte Dorante et la marquise Dorimène. Il désirait obliger l'un et plaire à l'autre ; il n'aspirait qu'à vivre avec eux sur le pied d'égalité. Son souci était que le comte se laissât prêter de l'argent et que Dorimène se laissât faire l'amour. Par quoi le bonhomme travailla sans le savoir, et tout autant que ce malin de Figaro, à rendre nécessaire la Révolution de 1789.

Aujourd'hui, la Révolution de 1789 est déjà si loin de nous que la plupart des gens, comme des historiens, se cachent mal d'en ignorer à peu près tout. Les monuments publics de la France de 1920 attestent, en belles capitales, que l'égalité pour nous a cessé d'être un vain mot. C'est pourquoi, sans doute, tous les citoyens se tournent vers des réformes plus importantes. Et les Nouveaux-riches, avant tous, ne s'inquiètent que de sortir de l'égalité, même en sortant, s'il faut et s'il ne faut pas, comme on dit au Palais-Bourbon, de la légalité.

M. Jourdain, certes, fut un sot. On n'est pas bête au point de se contenter de n'être au-dessus de personne, ou d'être comme tout le monde, stupidement. M'accorderait-on que M. Jourdain n'est pas un Nouveau-riche?

LE TORT DES NOUVEAUX-RICHES

Le plus grand tort des Nouveaux-riches, le seul peut-être qu'ils aient aux yeux du philosophe impartial, quand on examine le fond des choses, c'est d'avoir rompu trop brusquement avec leurs anciennes habitudes pour essayer d'en prendre de nouvelles, qui leur vont comme des bottines à un rhinocéros.

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Lorsqu'on veut s'élever aux plus hauts barreaux d'une échelle, on s'élève à l'ordinaire de barreau en barreau. Quelquefois, de deux on en passe un. Le badaud qui s'est arrêté ne crie pas au scandale pour si peu. Au contraire. S'il estime que ce simple exercice demandait de l'adresse ou des efforts, il ne refuse pas d'admirer l'escaladeur qui arrive habilement au dernier échelon. Ce n'est donc point parce qu'ils sont riches, ou devenus riches, que les Nouveaux-riches sont détestés.