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M. Jourdain, marchand de drap, fils de marchand de drap et gendre de marchand de drap, fatigué de vivre parmi des marchands, ses égaux, s'enticha de noblesse et ne rêva plus que de vivre à la façon des personnes de qualité.

Il comprit d'abord que l'argent qu'il possédait ne suffisait pas. Les gentilshommes, en effet, vrais ou prétendus, qu'il approcha, ne brillaient point par l'excès des richesses. Il fallait donc qu'ils eussent d'autres mérites. Le mérite de M. Jourdain est d'avoir eu l'intelligence de le comprendre d'abord. Nos Nouveaux-riches ne l'ont pas, il est à peine besoin de l'indiquer.

Partant de là, M. Jourdain supposa que l'argent lui permettrait peut-être d'acquérir tout ce qui lui manquait. Or tout ce qui lui manquait se réduisait à ceci : des manières, ou de l'éducation, comme on voudra. Il prit donc des maîtres : un maître de musique, un maître à danser, un maître d'armes, un maître de philosophie. Il voulait s'instruire. Il enrageait quand il voyait des femmes ignorantes. Franchement, jugera-t-on que M. Jourdain fut ridicule?

Avez-vous rencontré, en 1920, un marchand de drap qui eût en tête d'apprendre où gît la différence entre la prose et les vers, et comment il sied d'ouvrir ou fermer la bouche pour prononcer telle voyelle ou telle consonne?

Tentez l'épreuve. Demandez à un Nouveau-riche :

— « Qu'est-ce que vous faites quand vous dites un U? »

Neuf fois sur dix, il vous répondra :

— « Moi? Je m'en fous. »

Et, la dixième :