Loués soient donc les Nouveaux-riches!

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Nul n'ignore, on aime à le présumer, que le Traité de Versailles n'a pas eu pour conséquence immédiate de faire succéder l'âge d'or à l'âge du fer. J'avoue quant à moi qu'il ne me souvient pas très bien des apparences d'une pièce de vingt francs.

C'est plutôt l'âge du papier que fut le nôtre. Les billets de banque ont pullulé. Il y en eut de formats divers, et même de cinquante centimes, paraît-il ; mais les receveurs de la compagnie des omnibus les gardaient au fond de leur sacoche. Les collectionneurs en eurent des joies insoupçonnées, sans aucun doute.

Cependant, s'il ne comprit pas d'abord que le nombre croissant des billets en diminuait la valeur et que le prix des denrées alimentaires montait en raison inverse de l'une et en raison directe de l'autre, le public, gros et simple public, s'aperçut qu'à force de n'avoir que des billets, même neufs, il finissait, lui aussi, par avoir un bon billet. Comme à La Châtre, il ne lui restait qu'à sourire. Il choisit de rire, précisément de ceux qui possédaient le plus de billets.

L'argent, dit-on, est un objet de mépris pour ceux qui n'en ont guère. Pour les autres, il est autre chose. Mais on ne méprise pas les gens riches qui aiment leur richesse. La morale en souffre, il est possible ; toutefois, la morale est étrangère à ce chapitre : nous parlons de réalités. A-t-on vu quelqu'un se fâcher contre un avare? On rit d'Harpagon. On ne prend pas plus de peine. Et le rire est un merveilleux expédient, quand la fortune est mauvaise.

Qui rit, trompe sa douleur. Ce n'est point là une telle vérité de La Palice.

Dans les jours difficiles où le pain se vend vingt-six sous le kilo, et la viande entre huit et dix francs la livre, le rire sonne, cruel et préventif, comme un hiatus volontaire au huitième pied d'un alexandrin laborieux.

Nous avons ri des Nouveaux-riches. Loués donc soient-ils!

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