Il y a mieux : les Nouveaux-riches nous ont préservés de la Révolution. On aurait pu croire qu'ils en seraient le prétexte. Il n'en fut rien. Ce point n'exige pas de longs commentaires.
Depuis des siècles, on le sait : un gouvernement est assuré de vivre quand il donne au peuple les jeux du cirque. Ce fut pour le nôtre une singulière habileté, de permettre la poussée insolente des Nouveaux-riches. Il offrait des distractions à nos quotidiens soucis. Je ne dis pas gratuites, car enfin, vous et moi, nous en faisions les frais ; mais réfléchit-on?
Au théâtre, songe-t-on qu'on a payé pour se divertir?
Loin de le regretter, le spectateur qui laisse au guichet son argent, s'amuse avec moins de contrainte que son voisin, qui n'a rien déboursé. Il est établi que les auteurs dramatiques ne sont jugés sévèrement que de leurs amis entrés par faveur. Le cochon de payant, comme on l'appelle aujourd'hui de si élégante façon, il trouve toujours tout parfait.
Ainsi, nous avons beau grogner contre la vie chère, et crier contre les mercantis infâmes, et menacer, trois fois par jour, de chambarder la République à cause de son inertie coupable ; nous rencontrons un couple de Nouveaux-riches : nous pouffons : la République est sauvée. Elle compte aller jusqu'à la centième. Nous avons ri. Nous avons payé. Tant mieux pour elle.
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Il semble donc assez difficile de nier l'utilité des Nouveaux-riches.
Le Nouveau-riche est un instrument de politique, au même degré que le bureau de tabac qu'on accorde à un marchand de vins, s'il est énergique en temps d'élections ; comme la cravate de la Légion d'honneur qu'on suspend au cou des vieux dramaturges israélites, pourvu qu'ils soient chauves ; autant que les promotions du Mérite Agricole, si émouvantes ; autant que les urinoirs nauséabonds qui encombrent la voie publique à Paris ; autant que les bals du Quatorze-Juillet ; autant que la survivance inexplicable du notariat tel qu'il fonctionne chez nous.
Le Nouveau-riche n'était pas prévu par la Constitution de 1875 ; il est néanmoins devenu constitutionnel, par tacite complicité des parties, dupeurs et dupes.
Comme pour tant de belles choses à propos de quoi le dernier des journalistes se croit obligé de citer la phrase fameuse, on peut affirmer, sans peur d'être banal, que, si les Nouveaux riches n'existaient pas, il faudrait les inventer. Heureusement, ils existent.