Veut-on des preuves? Le Cri de Paris nous a rapporté cette histoire édifiante :

Un bourgeois, d'une cinquantaine d'années, avait un immeuble. L'État en eut besoin. On en fit la réquisition. L'immeuble était d'un assez beau revenu : mais quoi! c'était la guerre ; tout le monde se sacrifiait ; le bourgeois n'avait que sa maison, il la sacrifia. Autrement dit, il n'en demanda qu'un loyer de dix mille francs.

— « Trop cher », répondit l'État, économe. « Nous vous accordons huit mille francs. »

— « J'accepte », conclut le bourgeois.

Il espérait avoir assez pour vivre de ces huit mille francs par an. Il signa le marché sans le lire.

Le premier mois écoulé, il reçut huit mille francs.

— « Tiens! » pensa-t-il, « on paye d'avance. »

Trente jours plus tard, il reçut huit mille francs.

— « C'est une erreur », pensa-t-il.

Il alla, pauvre homme, la signaler au fonctionnaire compétent. Il fut presque injurié. Il ne savait donc pas lire? — Qu'il se reportât aux termes du marché! Il avait loué sa maison pour huit mille francs par mois. Que réclamait-il? — Il crut défaillir, et protesta.