PREMIÈRE PARTIE
Couronnée de cette brume pourpre qui monte avec le soir au-dessus de Paris, la place de l’Etoile, quand j’y arrivai, ne m’offrit pas un spectacle étonnant.
Rien ne montrait d’abord que quelque chose de grand s’y préparât. Nul barrage de gardes au débouchement de l’avenue de Wagram. Dans la nuit à peine froide, les autos surgissaient et fuyaient sans gêne. Vers le Trocadéro, des timbres de tramway tintaient. Au pied des hauts lampadaires qui font à la place une modeste ceinture de clarté, des hommes se penchaient sur des journaux. C’était un soir de dimanche comme tous les autres. M’attendais-je à plus d’animation qu’en semaine?
—N’aie pas peur, dit quelqu’un près de moi.
Et, la prenant par le bras, un vieillard entraîna sa compagne.
Ils se dirigeaient avec prudence vers l’Arc de Triomphe. J’y allais aussi. Alors je distinguai d’autres couples, des groupes, des promeneurs isolés, à ma droite, à ma gauche, qui peu à peu se détachaient comme nous du trottoir. Autour de l’Arc, posé tel qu’un massif aimant au centre de la place, une foule déjà se pressait. Je ne remarquai plus autre chose.
Face à la Concorde, une rangée d’agents de police défendait l’accès à la tombe du Soldat Inconnu. Ils rabattaient les pèlerins vers les bas-côtés du monument.
—Il y a déjà trop de monde par ici, disaient-ils.
On obéissait, mais nous venions trop tard: tout le terre-plein était occupé.