Je bredouillai une vague protestation. La jeune femme avait l’air contrit. Et là, sur le trottoir, devant la maison de Marthe, devant la maison de Marthe et de Maurice, près d’un chauffeur de taxi qui nous écoutait, j’appris que Marthe s’était remariée, j’appris tout, le nom de son mari, le chiffre de sa fortune, le jour et le lieu de la cérémonie religieuse, et que le nouveau ménage demeurait dans l’appartement de l’ancien.
Je devais avoir une assez sotte figure.
—Pardonnez-moi, me dit la jeune femme, je vous ai fait de la peine. Je comprends, vous espériez peut-être...
Et elle mettait dans sa voix un ton de compassion.
—Non, non, répliquai-je. Ce n’est pas cela. Vous vous trompez, je n’étais que son ami. C’est autre chose.
Elle se rasséréna.
—Oui, dit-elle. Vous étiez surtout l’ami de Maurice. Mais il ne faut pas en vouloir à Marthe. Rester veuve à son âge, ça n’est pas drôle.
Je me ressaisissais. La jeune femme s’en aperçut, car elle reprit son air enjoué, toute satisfaite d’avoir été moins maladroite qu’elle ne l’avait tout d’abord craint. Comme elle ne craignait plus rien, elle ajouta:
—Et puis, vous savez, mais vous ne le savez peut-être pas, votre ami était sans doute un mari parfait, mais il a donné à cette chère Marthe le goût des bonnes choses. Sans compter qu’elle m’a toujours paru ne pas manquer de tempérament. Vous ne la connaissiez pas: c’est une amoureuse.
Et, contente de cette anodine perfidie, qu’un sourire adoucissait, l’amie de Marthe ouvrit la portière du taxi et conclut: