—Vous me déposerez à la Madeleine, voulez-vous?
Maurice était reparti le soir même, sans me demander de longues explications et sans se plaindre.
—Tu ne me reverras plus, m’avait-il dit simplement. Pour tout le monde j’étais mort. Je continuerai de l’être. Et toi, mon ami, oublie que je ne le suis pas. Dès ce soir je disparais à jamais.
Il n’y avait aucune emphase dans son adieu. S’il fut désespéré, il le contint. Je n’avais plus devant moi que le Maurice des premiers temps de la guerre, celui qui, taciturne, s’était, lui aussi, défié de moi. Rien ne l’aurait empêché de repartir.
Je ne lui avais, au dernier moment, posé qu’une question:
—Et si je revois Marthe?
Il m’avait répondu:
—Tu lui diras ce que tu voudras.
Je ne l’ai pas revu. Je n’ai pas revu Marthe.
Le 21 avril 1924, lundi de Pâques, le courrier du matin m’apporta une longue enveloppe blanche timbrée de New-York. Elle contenait une brève lettre dactylographiée, à signature illisible, qui m’invitait à ouvrir une enveloppe plus petite que l’on m’envoyait. La petite enveloppe contenait un billet de la main de Maurice, signé de lui, et daté du 21 novembre 1923.