Maurice écrivait:
«Quand tu recevras ce billet, tu sauras que je suis mort. Définitivement, si tu me passes cette lugubre plaisanterie. Je ne regrette rien. Ne regrette rien non plus. Et sois heureux, si tu peux.»
Le soir, en troisième page, le journal le Temps publiait l’information suivante:
«Erreur macabre.—M. René F..., de la classe 1908, originaire de Roanne, avait été, en 1914, blessé aux environs de Rambervilliers, à Roville-aux-Chênes; à ce moment il fut évacué sur Épinal et Lyon, où il fut réformé. Depuis cette date il n’était pas retourné dans cette région. Ces jours derniers, le hasard de sa profession le ramenait à Rambervilliers et il se rendait au cimetière militaire.
«En le parcourant, il lut avec étonnement, sur la croix blanche d’une tombe, son nom, ses prénoms, le numéro de son régiment, sa classe et son matricule. M. F... a prévenu l’autorité militaire qui a fait le nécessaire pour corriger cette erreur.»
J’ai laissé sur ma table, à côté de l’Ingénu, je le répète, le livre à couverture blanche qui s’ouvre tout seul à la page 62 chaque fois que je veux l’ouvrir. Mais je les sais par cœur aussi maintenant, les beaux vers qui avaient enchanté Maurice:
«Qu’il en sera de lui et d’elle
Tout ainsi que du chèvrefeuille...»
ACHEVÉ D’IMPRIMER
LE 18 OCTOBRE 1924
PAR F. PAILLART
A ABBEVILLE (SOMME)