De même, mais ceci se conçoit avec moins de peine, un lieutenant se fit reconnaître et arrêter au guichet d’une gare, tandis qu’il demandait son billet. Pourtant il parlait bien l’allemand, mais son allemand était trop livresque. Il lui manquait cette souplesse du langage familier. En France, vous dites à l’employé de l’Ouest-État:
—Auteuil, deuxième, retour.
Vous ne lui dites pas:
—Voulez-vous me délivrer un billet de deuxième classe, aller et retour, à destination d’Auteuil?
Le lieutenant fut repris comme l’avait été le capitaine.
Pour ceux qui restaient, les évasions étaient d’admirables sujets de joie. La colère des Boches nous amusait. Ils ne savaient pas la dissimuler. Quand un officier manquait à l’appel, on sentait que le vieil oberst de Seckendorff mourait d’envie de cravacher les autres. Ce qu’il n’admettait pas, cet honnête homme, c’est qu’un prisonnier qui s’évadait fût secondé par ses camarades. J’ai relaté la triple fuite qui eut lieu pendant les représailles, un soir où, à point, l’éclairage de la cour avait refusé de fonctionner. Seckendorff devint fou. Il fit installer deux nouvelles lampes à arc. Il fit placer des sentinelles dans tous les corridors de la prison. Les chambres 9, 11 et 15, convaincues d’avoir aidé au malheur de la Kommandantur, furent consignées. On leur imposa des appels supplémentaires. On défendit de fumer aux officiers de la Stùbe 15, parce que l’évadé était un récidiviste dangereux. La fureur du vieil oberst n’avait pas de mesure. Il nous harangua vigoureusement. Mais il revenait à ses moutons:
—Che ne comprends pas... che ne comprends pas...
Il aurait tant voulu trouver moins de fraternité parmi nous! Alors il décida que, sous peine de graves punitions, l’officier le plus ancien de chaque chambre serait dorénavant obligé de rendre compte, à chaque appel, des prisonniers absents.
Les représailles battaient leur plein. Les esprits étaient excités. Un tumulte de protestations se déchaîna parmi nous.
—Ah non!