—Vous parlez trop bien l’allemand.
—Je vous ai dit la vérité.
Les gendarmes vinrent chercher le lieutenant dans cette ferme. S’il avait eu quelques marks en poche, il était sauvé.
La réussite d’une évasion ne tient parfois qu’à un fil.
Un capitaine, qui parlait l’allemand sans difficulté et pour cette raison n’avait pas hésité à prendre le train, comme un vulgaire civil, était attablé dans un hôtel de Cologne. Nul ne soupçonnait qu’il fût un prisonnier en promenade. Il avait commandé correctement son repas, et la kellnerin ne lui avait rien trouvé de suspect. Elle lui apporta le premier plat.
—Danke sehr, dit le capitaine.
La kellnerin le regarda d’un air surpris, sans plus.
Au plat suivant:
—Danke schön, dit le capitaine.
Cette fois, la kellnerin se rendit à la caisse. La caissière prévint le gérant. Le gérant sortit. Bref, au dessert, interrogé par un gendarme, le capitaine dut s’avouer vaincu. Et savez-vous ce qui avait éveillé l’attention de la servante? Peu de chose: la politesse de l’officier français. En effet, dans un hôtel, dans un restaurant, dans une brasserie, jamais un allemand ne dit «merci beaucoup» ou «merci bien» à une kellnerin. Cela ne se fait pas. On tolère à la rigueur un «merci» tout court, un Danke brutal, mais il est plus élégant de se taire. Ainsi l’exige la bienséance boche. Le capitaine paya cher sa politesse.