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Robert, triomphant et joyeux de sa victoire, ne songea qu’à renouveler ailleurs son triomphe.

Fier de sa lance, il courut à tous les tournois dont il apprenait la nouvelle. On le vit chevaucher ainsi par la Bretagne, par la France et par la Lorraine.

A tous les tournois il se présentait. Mais, dès qu’il entrait dans la lice, la lutte courtoise, qui est de règle entre chevaliers, dégénérait en bataille véritable et combat sanglant.

Robert chevalier était resté, hélas! le Robert de toujours.

Peu à peu, partout, à son approche, les tournois se suspendirent. Peu à peu, l’on n’entendit plus annoncer de tournoi. Les chevaliers ne se souciaient point de risquer sans raison leur vie et leur honneur.

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Satisfait du renom qu’il s’était acquis, et n’ayant plus le loisir de l’accroître, puisque les chevaliers refusaient de se rencontrer avec lui, satisfait de la crainte qu’il inspirait et de son audace indomptée, Robert s’en revint au château de son père.

Il s’en revint en laissant sur sa route des traces de son passage. C’était sa joie de voir fuir devant lui vilains et bourgeois, vieillards et damoiselles. Il revint au château, précédé d’une gloire sinistre.

Abusant de sa force et de l’impunité que lui valait son rang, il s’abandonnait à tous ses désirs, maltraitait le menu peuple, inventait des brimades souvent tragiques et réservait au clergé ses entreprises les plus hardies.