A Argences, ville qui est près de Caen, eurent lieu les honneurs, la fête et les réjouissances. Le duc fit grandement les choses. Des épées, des lances, des écus et des chevaux furent offerts à cent gentilshommes en don d’amitié. On distribua de l’or et de la monnaie aux vilains. Les valets et les jongleurs reçurent de dignes étrennes. Bref, la fête fut parfaite, et parfaite surtout à cause de Robert, qui se montra fort enjoué, fort doux, et véritablement méconnaissable. De quoi tout le monde se réjouit davantage, et le duc plus que quiconque.
Au lendemain de l’assemblée, Robert devait faire ses premières armes au Mont Saint-Michel, en Bretagne.
Il s’y rendit accompagné de force chevaliers et d’une escorte magnifique. Tout le long du chemin, il conserva son humeur charmante. Il riait gentiment avec les chevaliers ses compagnons. Ses compagnons néanmoins se regardaient chaque fois que le cortège passait devant une église ou une chapelle: le nouveau chevalier négligeait en effet d’y descendre faire les oraisons que fait d’ordinaire tout nouveau chevalier qui se rend à son premier tournoi.
Le tournoi du Mont Saint-Michel, de par la qualité des chevaliers qui allaient y prendre part, promettait d’être l’un des plus somptueux dont on eût jamais parlé.
Il fut de ceux dont on parle longtemps.
A peine entré dans la lice, Robert étonna.
Il désarçonna l’un après l’autre en se jouant les meilleurs chevaliers. Il portait des coups merveilleusement redoutables. Toute l’assistance frémissait de sa témérité et de son bonheur. Mais, brusquement, elle s’indigna.
Réveillé par le plaisir de la lutte, Robert s’emportait. Comme s’il eût à mener une guerre à mort, il poursuivait les chevaliers, les désarçonnait, s’arrêtait au-dessus d’eux, et menaçait de leur couper la tête, en riant de les obliger à demander grâce.
Des cris s’élevèrent. Les chevaliers, déçus, ne voulurent plus affronter Robert furieux. Mécontents, ils se retirèrent. Le tournoi fut bientôt déserté.
La fête s’acheva dans la consternation générale. Et le duc reprit tristement le chemin de son château.