Cependant, vigoureux, alerte, beau, très beau, mais cruel, mais pervers, mais redoutable, très redoutable, Robert atteignit ses vingt ans. Il avait tout pour plaire d’abord à tout le monde, mais à qui le connaissait il était odieux.

—«Seigneur», disait au duc la duchesse, «puisqu’il aime tant à se battre et qu’il a le sang si vif, que ne l’armez-vous chevalier? N’est-il pas d’âge à tenter les aventures et la guerre? Adoubez-le, vous le verrez se départir à l’instant de sa méchanceté, n’en doutez point, et tous ses vices tourneront à vertu.»

—«Pour l’amour de vous», répondit le duc, «j’en ferai l’épreuve, Madame, et puissiez-vous ne vous tromper point!»

Robert pressenti ne témoigna qu’une grande joie de ce qu’on lui promettait.

—«Mais c’est dur métier, Robert, que métier de chevalier», lui dit le duc sévèrement, «et métier qui exige bon cœur autant que bon bras, et cœur loyal autant que bras fort. Jamais chevalier ne doit s’attaquer qu’à plus puissant que lui, il doit protection aux faibles, défense aux chétifs, et respect aux serviteurs de Dieu. Saurez-vous bien vous amender, Robert, et devenir bon chevalier?»

—«Je m’amenderai», dit Robert.

—«Je vous adouberai donc», conclut le duc.

La duchesse déjà souriait d’espoir. Avait-elle trouvé le moyen de sauver son fils?

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Dans la nuit de la Pentecôte de sa vingtième année, Robert devint chevalier.