Avant la fin de l’année, vingt abbayes avaient été incendiées, sans préjudice des horreurs infligées aux occupants, moines ou nonnes, et le nombre des attentats commis un peu partout, sur des voyageurs, marchands ou pèlerins, dames ou damoiselles, dans la campagne ou dans les bourgs, était incroyable. Ils brûlaient, pendaient, égorgeaient, détroussaient, pillaient.

La peur et la colère grondaient dans tout le duché.

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A bout de patience, le duc fit proclamer qu’on eût à s’emparer de Robert et de ses bandits, afin que justice impitoyable fût tirée de leurs crimes. Mais, loin de rassurer les vassaux, l’annonce faite à son de trompe en tous lieux aggrava la panique.

—«Pour narguer le duc, Robert va se venger contre nous!» se disaient moines et paysans.

Et tous de s’éloigner, abandonnant abbayes et masures.

Cependant l’ordre lancé par le duc avait troublé quelques-uns des bandits. Plusieurs songeaient déjà que la mesure était comble et le châtiment peut-être imminent; plusieurs reprochaient à Robert, mais en eux-mêmes, sans oser le lui dire à la face, de les avoir entraînés trop loin; plusieurs avaient des remords et commençaient à se prendre en horreur. D’autres persévéraient avidement, rageusement, dans la voie où Robert les conduisait. Et Robert reconnaissait bien ses fidèles.

Pour réveiller les indécis, il résolut de frapper un coup d’audace.

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Le duc tenait sa cour dans le moment au château d’Arques. La duchesse s’y trouvait aussi. Or il y avait dans le voisinage une abbaye fameuse, que le duc et la duchesse protégeaient entre toutes.