—«C’est là que j’irai», dit Robert. «Le duc verra que je ne crains point ses menaces.»

Sitôt conçu, sitôt exécuté.

Suivi de ses gens, Robert força la porte de l’abbaye. Une soixantaine de nonnes y vivaient. Il se rua dans la maison, l’épée basse. Les nonnes terrifiées attendaient leur destin sans remuer. Robert, qui ne se contenait plus, leur enfonçait son épée dans la gorge. Il en tua plus de cinquante. Ce fut un carnage indescriptible. La maison retentissait de cris et de gémissements.

Robert riait d’un rire sauvage. Une torche à la main, il parcourut l’abbaye, des dortoirs aux étables et de la chapelle aux cuisines, mettant tout à feu. Il courait comme un forcené, et riait, sans se soucier de ses gens, ni de rien, ni de personne. Puis, son œuvre achevée, il sortit de la maison en flammes, toujours courant et riant toujours.

Alors il s’aperçut qu’il était seul. Ses compagnons avaient disparu.

Il éclata de rire.

Bondissant en selle, il piqua son cheval. Des hennissements de la bête affolée, toute la forêt sonna. Furieux, toujours furieux, les éperons ensanglantés, Robert brochait vers la ville. Et il riait toujours, et son visage était hideux à voir.

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* *

A son arrivée, une surprise l’arrêta net dans la cour du château. Il eut l’impression subite que le château était désert. Debout sur sa selle au milieu de la cour, il regarda de droite et de gauche, en haut et en bas. Nul ni nulle ne se montrait.

Il appela. Nul ni nulle ne répondit à ses cris.