La nouvelle courut le monde que Rome avait déjà perdu sa joie, que sa puissance était ébranlée, que ses habitants s’enfermaient dans leurs murs comme dans une prison, et qu’ils n’avaient plus que deux années de vivres.

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La nouvelle en courut si bien le monde qu’elle arriva jusqu’aux Turcs de Roménie. Jour fatal!

Les rois et les princes de Coroscane et d’Alénie s’assemblèrent en hâte. Ils tinrent un grand conseil où ils s’avisèrent que l’occasion était excellente de s’emparer de Rome et de conquérir sans trop de peine une ville affaiblie qu’ils convoitaient depuis longtemps.

Sitôt décidé, sitôt entrepris. Promptement, les vaisseaux furent équipés. Et alors, en mer! Voilà les Turcs qui s’embarquent et qui gagnent le large avec le ferme espoir de ravager Rome. Les voiles pleines et les vergues hautes chargées, ils cinglent, ils cinglent, les Turcs maudits. Et bientôt les voilà devant Rome.

Ils débarquent sur le rivage, dressent tentes et pavillons. Deux lieues et plus sont occupées par leur armée, qui est nombreuse. Écus, heaumes, enseignes et bannières brillent au soleil. Les Turcs se sont installés profondément sur tout le rivage.

A Rome, on s’alarme dès la première heure de ces mouvements qu’on aperçoit dans le lointain. On cherche des nouvelles, on s’inquiète, on monte sur les remparts, on examine la plaine; chacun donne son avis, chacun apporte son renseignement; des incendies s’allument à l’horizon; on voit briller des heaumes le long de la côte, et resplendir des bannières qu’on ne reconnaît pas.

—«Que prépare le Sénéchal?» se demandent les uns.

—«Sont-ce des alliés du Sénéchal?» se demandent les autres.

Mais voici un messager tout courant qui bouscule les Romains dans les rues fourmillantes de monde.