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Toutefois, ces dix années que Robert fit ainsi sa pénitence à la cour de l’Empereur de Rome, il ne faut pas croire qu’elles se passèrent sans incidents dignes d’être rapportés. Oui, Robert fut tel que j’ai dit pendant dix années pleines, mais il le fut surtout, plus exactement, pendant sept années; car, à partir de la huitième année de son séjour à Rome, tout en continuant de mener l’existence que vous savez, il eut des aventures.
Et je vais vous conter ces aventures, qui sont surprenantes et merveilleuses à miracle, comme vous en pourrez juger, si vous daignez me prêter une oreille attentive.
CHAPITRE QUATRIÈME
UN SINGULIER BOUFFON
ROBERT était depuis sept ans déjà le bouffon de l’Empereur et de Rome, lorsque le Sénéchal, qui n’avait pas encore déposé les armes, tenta de nouveaux efforts pour obtenir par la violence la fille de l’Empereur.
Contre son seigneur et maître, le Sénéchal ralluma la guerre qui s’éternisait. Il ne se contenta plus d’occuper les terres lointaines de son maître et seigneur, ni de menacer Rome à distance. Il se mit en campagne après de sérieux préparatifs, et le bruit se propagea rapidement que Rome serait à bref délai assiégée, prise et incendiée, pillée, et livrée à la soldatesque victorieuse.
A Rome, on s’effraya. Le Sénéchal semblait invincible. Et les Romains, si la paix n’eût dépendu que d’eux, l’eussent signée aussitôt, aux conditions qu’eut fixées le Sénéchal. Mais le Sénéchal en avait juré Dieu, la Croix et la Sépulture, qu’il ne signerait la paix qu’après avoir reçu de l’Empereur l’héritière du trône et, avec elle, exigence récente, la couronne. Sur quoi l’Empereur, qui avait le cœur fort, s’était obstiné plus que jamais, jurant de son côté que, si longtemps qu’il dût vivre, il ne donnerait au Sénéchal sa fille chérie, et qu’il préférerait se laisser brancher, écorcher, noyer ou décapiter. C’était donc, entre le Sénéchal et l’Empereur, la guerre à outrance.
A la vérité, le Sénéchal paraissait assuré de la victoire. L’amour l’animait, et les Romains, d’autre part, n’opposaient à sa marche qu’une défense molle. Ils subissaient plus la guerre qu’ils ne la faisaient. Ils n’avaient souci que de se retrancher solidement dans Rome, et, plutôt que de se porter avec des troupes de choc à la rencontre de l’envahisseur, de réparer, surélever et fortifier les remparts de leur ville.