Mais le Sénéchal ne daigna même pas discuter les propositions de l’Empereur. Il jura que, loin de secourir aucunement l’Empereur, il ne s’emploierait qu’à ravager ses domaines, tant qu’il n’aurait pas reçu pour femme la jeune fille qu’il aimait.

A l’offre de l’Empereur, le Sénéchal ne répondit que par un insolent défi. Quel chagrin n’allait pas en avoir le malheureux Empereur humilié!

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L’Empereur en eut un chagrin profond. Plus triste et plus découragé, il ne savait à quoi se résoudre. Il n’avait qu’une ressource: ordonner une levée en masse de tous les volontaires. Il le fit, et en même temps il convoqua de nouveau les sénateurs et ses barons.

Toute la ville, comme on pense, ne parlait plus que des combats imminents. Les dames et les damoiselles pleuraient, qui pour un père, qui pour un frère, qui pour un ami. La tristesse était dans toutes les maisons. On n’entendait plus nulle part ni chant ni musique.

Au palais de l’Empereur, l’émotion était encore plus grande qu’ailleurs. Et Robert, tout muet et tout fol qu’il paraissait, s’affligeait plus que quiconque dans le secret de son cœur, et plus que je ne saurais le dire, parce qu’il souffrait de voir souffrir l’Empereur, pour qui, pauvre fol sans ressources, il ne pouvait rien faire.

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Par un mardi, au lever du jour, les Turcs se préparèrent à marcher sur Rome. Toutes leurs dispositions étaient prises. A l’avant-garde, ils avaient placé leurs meilleures troupes.

Du haut des remparts, les Romains les aperçurent. L’Empereur informé fit crier aux armes. Il n’avait pas plus de vingt mille hommes, dit-on, à opposer aux Turcs.

L’Empereur s’arma dans la cour du palais; puis, ayant rassemblé son monde, il répartit en brigades les éléments dont il disposait. Et il en mit une sous les ordres du Pape, qui était chargé de garder la bannière impériale contre les insultes de la gent païenne.