Après quoi, il s’écria:

—«Voici l’heure, Romains. Les Turcs nous viennent attaquer. Courons-leur sus!»

Et, tandis que les Romains sortaient de la ville, brigade par brigade, l’Empereur alla prendre congé de sa fille, douce et gracieuse damoiselle plus vermeille qu’une rose. Il la chérissait par-dessus tout. Il pleura. Avant de la quitter, il eut soin de recommander à Dieu les dames et les damoiselles, qui toutes pleuraient comme lui par amour de lui, et prièrent pour détourner de leur bon Empereur toute menace de male fortune.

Et maintenant c’est fait; les Turcs marchent vers Rome, et les Romains marchent contre les Turcs, la bataille va s’engager.

*
* *

Les Romains sont partis, et, en les voyant s’éloigner pour la bataille, Robert n’a plus le courage de retenir les larmes qui lui coulent le long du visage. Ah! Beau Seigneur Dieu, il ne laisserait pas les Romains partir sans lui, s’il ne craignait pas de vous déplaire, à vous qui lui imposâtes sa pénitence! Il n’a pas d’autre crainte en ce monde, mais il a bien celle-là.

Sous l’escalier de la chapelle, dans le chenil, sur son lit de paille, il pleure loin de tous les yeux indiscrets. Secrètement, mentalement, car il ne sonne mot jamais, pas même quand il est seul, il se lamente. Et il s’adresse à Notre Seigneur, mains jointes, lèvres closes, cœur ouvert:

—«Dieu!» dit-il en sa pensée muette, «vous qui avez sauvé tant d’âmes par votre force spirituelle contre les assauts du Malin, comme j’aurais plaisir à sauver l’Empereur contre ces Turcs qui ont pris tant d’orgueil! Je les saurais si durement combattre que je n’en laisserais pas un debout sur la place. Mais non, Dieu ne veut pas que cela soit, il ne veut pas que j’entre dans la mêlée. Certes, s’il daignait le vouloir, les Sarrasins aujourd’hui pourraient souffrir de mon entrée dans le jeu. Je n’aurais besoin que d’une épée nue et d’une bonne lance résistante.»

Hélas! Robert soupire.

Puis il se dresse, et il se dirige en pleurant vers le jardin que personne jamais ne trouble. Près de la source claire où il aime à étancher sa soif, il va s’asseoir, espérant que dans cette solitude nul ne le verra pleurer. Toute sa pensée est tendue vers le ciel. Il supplie Dieu de secourir l’Empereur dans cette bataille dangereuse où il voudrait être à côté de lui, pourvu que Dieu lui accordât la grâce de le lui permettre. Et il pleure en silence.