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Or écoutez bien.

Vous savez qu’une fenêtre fort étroite, si étroite qu’une seule personne s’y pouvait accouder, dominait la fontaine et le jardin, et vous savez que la fille de l’Empereur aimait à s’accouder à cette fenêtre pour regarder la plaine et la mer.

Ce jour-là, à l’heure où Robert déplorait auprès de la fontaine de n’avoir pas pu suivre l’Empereur et les barons romains, la gracieuse Damoiselle était accoudée à la fenêtre, car elle avait voulu le plus longtemps possible accompagner du regard son père et ses amis les chevaliers.

La première chose qu’elle remarqua, ce fut le bouffon.

Le bouffon tendait les mains vers le ciel comme pour prier Dieu. Et la jeune fille fut stupéfaite. Ce fou, que tout le monde croyait fou sans remède, il faisait certes à l’ordinaire des folies; mais pour faire ce qu’il faisait à cette heure, ce jour-là, près de la fontaine, il n’était probablement pas aussi fou qu’on le croyait. La Damoiselle en fut tôt persuadée. Et elle regarda longtemps Robert.

Cependant, ayant levé les yeux vers la plaine, elle aperçut le premier engagement de l’avant-garde des Turcs qui prétendaient abattre l’orgueil de Rome, et de l’avant-garde des Romains qui songeaient à repousser les envahisseurs. Déjà les archers se décochaient réciproquement des flèches meurtrières, et il y avait déjà des morts de part et d’autre sur le terrain.

Et le cœur de la Damoiselle battit violemment.

Mais il battit plus violemment encore, quand elle reporta son regard vers Robert. Car elle vit alors quelque chose de merveilleux, que je vous dirai tout de suite, même si vous ne croyez pas aux miracles, parce que je ne peux pas ne pas vous dire ce que vit la Damoiselle.

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