Les barons et les chevaliers, trop occupés de leur plaisir, ne remarquèrent peut-être pas tout de suite l’arrivée du bouffon.
Mais, sitôt qu’elle l’aperçut, la fille de l’Empereur se leva de son siège, et, debout, s’inclina profondément devant lui pour le saluer. Tout le monde vit son geste, s’en étonna, et regarda le bouffon.
Déjà, la Damoiselle se rasseyait à côté de son père.
L’Empereur avait rougi de honte. Dans la salle, on commençait à chuchoter. Des propos sévères circulaient.
—«Elle n’y pense pas!» disait-on.
Mais, pour éviter un scandale, l’Empereur fit semblant de ne pas attacher d’importance au geste de sa fille. Il se promettait de la réprimander plus tard.
Le bouffon, cause de l’incident, s’était installé, sans paraître soucieux de la curiosité qu’il soulevait, à sa place ordinaire.
Par diversion, l’Empereur le regarda. Il lui vit le visage meurtri, les sourcils enflés et fendus, le nez écorché, des marques rouges un peu partout. Et soudain il s’écria:
—«Il y a dans cette ville bien de la perversité. Dieu maudisse les méchants lâches qui m’ont aujourd’hui maltraité mon bouffon! Pendant que nous étions au combat, ils se seront amusés de l’emmener à l’écart pour l’y revêtir par moquerie d’un haubert, avant de le bourrer de coups; car regardez: ce sont marques de haubert qui sont visibles sur son visage.»
—«Ah! laissez donc, Sire!» dit-on autour de lui. «Ne vous fâchez pas. Il fut aussi à sa bataille comme nous fûmes à la nôtre, et il eut des coups comme nous en eûmes.»