Les vainqueurs rentrèrent en triomphe. Aux acclamations du peuple, ils répondaient par des cris d’enthousiasme.

Le palais de l’Empereur était en fête. On y reçut les barons avec toutes les marques imaginables de la reconnaissance et de la satisfaction. Et la musique dominait les cris et les vivats.

Quand les barons se furent débarrassés de leur haubert, en gens fatigués qui sont heureux de se reposer dans des vêtements plus commodes, on leur annonça que la table était servie. Mis en appétit par une journée d’épreuves, ils s’empressèrent d’escorter l’Empereur et le Pape.

L’Empereur était la simplicité et la gentillesse mêmes. Lorsqu’on lui présenta l’eau, comme d’habitude, il la fit présenter d’abord au Pape; puis il s’effaça devant lui, le fit asseoir, et ne s’assit qu’après son saint hôte. Après quoi, il envoya chercher sa fille, qui, toute charmante et gracieuse, lui renouvela sa joie de la victoire remportée; et, quand il l’eut fait asseoir à côté de lui, en belle place, les barons purent alors s’asseoir aux places qui leur étaient réservées. Ainsi l’exigeait l’étiquette. Et pour finir, le reste des chevaliers et la jeunesse noble se rangèrent sur les bas-côtés de la grande salle pavée.

Alors le festin commença.

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Or, sur son lit de paille, dans le chenil, sous l’escalier de la chapelle, Robert se réveilla tandis que les invités de l’Empereur festoyaient avec entrain.

Il voulut se lever, mais il se sentit douloureux et perclus. Et il retomba sur sa paille.

Cependant, il songea qu’il devait faire sa pénitence comme chaque jour et, malgré qu’il en eût, se rendre auprès de l’Empereur, où l’attendait son repas. Le malheureux tourna son regard vers le ciel, et courageusement se leva.

Il entra sans danser ni sauter dans la salle du festin. Il eût vainement essayé de tenter plus que de marcher, tant il était courbatu. Et c’est en marchant à petits pas qu’il se dirigea vers l’Empereur.