—Il est facile à une femme de feindre.
Riposte double, à dessein peut-être. Avec qui devais-je entendre qu’elle avait feint? Faisait-elle un pas vers moi, ou me chassait-elle à jamais de son amitié si longtemps complaisante? Mais je m’étais trop avancé et j’avais abdiqué toute honte: d’un trait, pour en finir, tant pis! je lui posai la question. Ainsi je capitulais d’avance.
L’abominable discussion s’achevait par deux défaites. Le reste n’a plus d’importance. Toutes les querelles d’amants à peu de chose près se ressemblent. Celle-ci cependant avait été la plus âpre des nôtres. Ma blessure saignait encore. Je ne pouvais pas l’oublier sur-le-champ.
—Reproche-moi tout ce que tu voudras, disait mon amie, mais je te défends,—je te défends de douter de mon amour.
Je ne souhaitais que de me laisser convaincre.
Elle dit:
—Tu ne m’aimes peut-être plus, toi, et tu cherches à te retirer avec l’avantage? Sois plus franc, je ne te garderai pas malgré toi. Surtout, surtout je ne veux pas que tu feignes de m’aimer par pitié. Je ne veux pas de ta pitié. Je veux que tu m’aimes, ou que tu partes. Mais, si tu pars, sache-le, nulle ne t’a jamais aimé et nulle jamais ne t’aimera comme moi.
J’aurais pu tomber à genoux devant elle, si je ne lui avais pas déjà dit naguère moi-même ce qu’elle venait de me dire là. Mes incertitudes me reprirent. Était-elle sincère, et l’amour lui faisait-il vraiment répéter comme d’elle ce qui était de moi? Ou manœuvrait-elle avec art? Dilemme insoluble, pour toujours insoluble. Et comment m’imputer à crime les pires suppositions? De la franchise de celle que j’aimais, je n’avais en preuves que ses serments. Et dans l’autre plateau de la balance, qu’on me l’accorde, combien de doutes légitimes?
J’aimais trop pour refuser de croire. Je souffrais trop pour accepter d’emblée une affirmation, même un serment. J’étais désemparé. J’entendais encore des cris d’amour qui n’avaient pas été pour moi. Je voyais couler encore des larmes, qui sont plus troublantes que toutes les paroles. Mais je me la représentais couchée, offerte, les bras en collier, telle que pour moi, pour l’autre. Je savais comment elle s’offrait.