M’échapper. Oui. Me reprendre. Me guérir. L’horrible jeu n’avait duré que trop longtemps.

Il ne fallait pas plus d’un quart d’heure pour aller à Argenton. Le beau-frère se rendait à l’usine. Il me laissa sur la place du marché.

—Rendez-vous à la Cloche d’Or, à midi et demi, me dit-il.

—Entendu, fis-je.

Les vieilles maisons du bord de l’eau ne m’intéressaient pas. C’est au bureau de poste que j’avais affaire. Je désirais m’envoyer un télégramme.

Le bureau de poste était vide. J’en profitai. Je priai la seule jeune fille présente de me recopier sur une feuille de papier bleu réglementaire le texte de la dépêche que je voulais recevoir. Elle n’avait pas l’air de comprendre. Mais je lui tendis un petit billet de banque, et elle fit comme si elle comprenait.

Quand le beau-frère vint me rejoindre à l’hôtel de la Cloche d’Or, je lui montrai le télégramme.

—Le dernier oncle qui me reste, expliquai-je. Il est au plus mal. J’ai un train à deux heures, je vais le prendre. Vous aurez l’obligeance de m’excuser auprès de mes amis, n’est-ce pas?

Ainsi je sauvai la face.

De Paris, le lendemain, j’écrivis au beau-frère que je serais probablement forcé de prolonger mon absence, l’état de mon oncle étant mauvais, mais non point encore désespéré.