—Je suis très malheureux.

Que répondre?

—Depuis huit jours que le poison m’a pénétré, dit-il, je ne peux pas me débarrasser de ce doute croissant, et je me torture à chercher des preuves, des indices, des présomptions, que sais-je? tantôt pour le réduire à néant et tantôt pour le justifier. Car j’en suis là, que j’admets que ma femme ait pu n’être pas la femme fidèle que j’étais sûr qu’elle était. Ne suffit-il pas que d’autres l’admettent ou l’insinuent? Pour quelques mots perfides lancés par une gueuse...

—Vous le voyez, vous le dites vous-même.

—Je vois par-dessus tout que je ne suis plus sûr de rien. C’est odieux. Que voulez-vous? J’ai réfléchi. Je réfléchis. Je trouve qu’un bonheur tel que celui que je croyais mien, n’est pas naturel, n’est pas humainement possible. Vous le trouvez naturel, vous?

Il me prenait de court. J’hésitai. Il le remarqua.

—Vous le voyez vous-même, je vous renvoie votre argument: vous ne protestez pas.

—Pardon, je...

—Mais non. Mon bonheur était trop beau pour être réel. Il ne faut pas oublier les conditions de notre mariage, ni que j’étais riche, alors que celle que j’épousai n’avait pas un sou. Jamais, vous le pensez bien, je n’ai rien négligé pour que ma femme fût persuadée que je lui devais plus qu’elle ne me devait. Mais quoi! je n’ai pas de ces illusions: un homme qui achète une femme, n’a pas le droit d’exiger l’impossible, fût-il le meilleur des hommes.

—Vous devenez injuste, dis-je.