«Soyez demain matin où vous étiez ce matin. Je désire vous y revoir.»
Une signature était inutile. Il n’y en avait pas. Mais ce trait seul révélait une femme qui réfléchit.
Je relus le bref billet. Je n’y découvris rien. L’ordre de la première phrase, si sûr de lui, s’adoucissait par le désir de la fin, plus adroit ou plus tendre. Le moins que j’en pusse conclure était que cette femme, dont j’avais résolu de fuir le charme, savait ce qu’elle voulait et le cacher.
Je dis seulement au gérant:
—Contre-ordre, monsieur. Je ne partirai pas demain matin. Excusez-moi.
—Bien, monsieur, répondit-il.
EN arrivant à l’endroit où je devais l’attendre, le lendemain matin, j’étais aussi calme que je pouvais souhaiter de l’être. J’avais réfléchi longuement pendant la nuit.
Certes l’aventure était cruelle pour moi. Mais toutes mes aigreurs, mes rancunes et mes ironies, parce que je les avais disciplinées, faisaient place à une résignation dont je me félicitais. Et qui incriminer de mon infortune? Cette jeune femme qui ne m’avait jamais rien promis, à qui je n’avais jamais rien demandé, qui n’avait peut-être jamais eu soupçon de mes sentiments de jeune homme, et qui était parfaitement libre de disposer d’elle-même? En l’absolvant, je ne lui rendais qu’un hommage mérité. Elle demeurait toujours pour moi très haut, et, si je souffrais de la voir à un autre, j’avais enfin le sang-froid de l’estimer digne d’être heureuse, même à mon détriment. Aussi ne me proposais-je de lui rien dire qui désormais eût été une offense. Quelles que fussent à mon égard ses dispositions, je ne lui parlerais plus de mon amour: je ne voulais pas lui donner à rire ou à sourire, ou même, en mettant les choses au mieux, je ne voulais pas lui donner de remords. Sa vie s’était engagée loin de moi; je n’avais plus qu’à m’éloigner de sa vie. Et j’étais décidé à disparaître avant d’apprendre de sa bouche ce qu’elle avait à m’annoncer. N’allait-elle pas m’en prier, en effet?