—Dès que tu seras arrivé à Paris, me disait-elle, me ramenant sur un terrain moins dangereux, j’irai te voir. J’ai une envie folle de visiter ton atelier, de savoir comment tu vis, au milieu de quels objets. C’est une envie de petite fille? Non, monsieur, c’est plus sérieux que vous ne pensez. Assurément. Comprends donc que je ne te connais qu’en toi, et que j’ai besoin de te connaître dans le décor que tu avais choisi pour y vivre.

—Oh! répondis-je, mon atelier n’est pas le merveilleux atelier d’un artiste mondain. Il me sert moins pour les autres que pour moi-même; j’y travaille; il est encombré de matériaux et de poussières, humble, et dépourvu de poésie. Si j’étais riche, je le parerais de toutes les splendeurs qu’on voit au théâtre dans un atelier d’artiste; mais, si j’étais riche, j’enverrais, pour commencer, mon atelier aux cinq cents diables, et je t’enlèverais, avec tes deux enfants, bien entendu.

Elle éclata de rire.

—Tais-toi! Ne parle pas de l’impossible.

—Impossible? répliquai-je.

—Tu es bon, tiens, s’écria-t-elle, toute joyeuse, je t’adore. Non, mais, écoutez-le! M’enlever, avec mes deux enfants?

—Naturellement.

—Naturellement? Et où irions-nous? La gendarmerie me reconduirait chez moi, avec mes deux enfants.

—Tu divorcerais.

—Tu rêves, mon pauvre grand. Si je voulais divorcer, ma volonté seule ne suffirait pas. Rien ne permet de supposer que le divorce puisse être demandé contre moi. Et d’ailleurs, s’il l’était, je n’obtiendrais pas de garder mes enfants. Or, je te l’ai dit: je ne les abandonnerai jamais.