Meilleure que moi, ou plus fine, elle évitait les discussions. Elle reprit:

—Tu es stupide et je t’adore, tiens!

Elle était prête. Elle me planta sur chaque joue un baiser sonore, comme on fait aux enfants qui boudent.

—Au revoir, mon vilain jaloux! conclut-elle. Au revoir, vilain mon Mien!

Puis, son habituel:

—Tu l’aimes, ta Tienne?

Je refermai lentement la porte sur elle. J’écoutai le bruit de ses pas. Elle était partie. Notre chez-nous, pourtant si étroit, me parut plus grand. Je me sentis tout à fait découragé.

Machinalement, j’allai à la fenêtre et soulevai le rideau. Il avait plu, mais le soleil triomphait à l’occident. Je laissai retomber le rideau.

Machinalement encore, je pris pour le ranger le livre de Charles Guérin. Je l’ouvris au hasard. C’était à la page 113. Je lus:

C’est l’heure, après la pluie, où, redevenant pur,
Le ciel du soir se peint dans les vitres riantes,
Où les trottoirs mouillés réfléchissent l’azur
Et les pieds nus des mendiantes.