Couple las que son rêve isole des passants,
Nous suivons vers l’Ouest les rives de la Seine,
Mais tout à leur souci nos cœurs restent absents
Des lieux où le hasard nous mène.

Parfois levant les yeux au bord d’un carrefour,
Nous regardons avec des paupières émues
Les amants séparés par la tâche du jour
Se rejoindre à l’angle des rues.

Ils vivent, à les voir, dans de pauvres emplois;
Et leur destin pourtant nous fait haïr le nôtre,
Car la nuit dont l’attente entrelace leurs doigts
Va nous arracher l’un à l’autre...

Je ne poussai pas plus loin. Je regardai notre divan où les coussins avaient été écrasés. Un petit objet brillant fixa mon attention: c’était une épingle à cheveux. Je n’y touchai pas.


SINCÈREMENT, j’ai eu, maintes fois, pendant ce printemps merveilleux et cruel, l’illusion d’être aimé, je veux dire d’être l’homme de qui tient son bonheur une femme.

Avez-vous observé les femmes dans la rue ou dans un salon? On reconnaît celles qui sont heureuses, je veux dire celles qui sont aimées et qui aiment; on les devine: il y a autour de leur personne comme un halo spirituel et quasi voluptueux qui les dénonce. Les autres femmes en prennent ombrage, et les hommes à bonnes fortunes s’éloignent, non sans dépit, sachant bien qu’on ne les regardera même pas.

J’observai que mon amie, comme jadis la petite fille troublée qu’elle avait été, n’était plus la même. Il y avait en elle, dans son air, dans son sourire, quelque chose de nouveau. J’en étais secrètement satisfait, je ne le nierai pas, mais j’en avais aussi un peu d’inquiétude. Je le lui déclarai, par badinage.

—Ah! me dit-elle, si tu t’imagines qu’on le remarque! Il faudrait être jaloux pour le remarquer. Et un homme est-il jaloux de sa femme?

—Sans être jaloux...