—Il faut te laisser aimer.

Je lui dis en effet:

—Laisse-moi t’aimer, Mienne. Je voudrais tout connaître de toi, et je redoute d’en connaître trop. Laisse-moi t’aimer, laisse-moi t’aimer encore. Mais surtout, Mienne, Mienne chérie, s’il est vrai que tu m’aimes ou que tu acceptes que je t’aime, surtout que ce ne soit point par pitié! Et quand il te plaira de ne plus venir ici, ne mens pas surtout, et ne viens plus.

—Et quand tu ne m’aimeras plus? dit-elle.

Ainsi je me rendais. Était-ce calcul de ma part, et envie délibérée qu’elle eût soin de me mentir le plus longtemps possible? Était-ce au contraire le dernier geste d’un homme qui lutte depuis trop longtemps et qui aspire au repos, à ce repos que tous les hommes cherchent même dans les pires agitations?

Il est probable que, ce jour-là, mon amie connut qu’elle me tenait: j’avais été assez maladroit, c’est-à-dire assez franc. M’en sut-elle gré? Répondit-elle au contraire à mon élan par un élan semblable, sans autre calcul? Et fut-ce aveuglément qu’elle engagea notre amour dans cette voie où il allait se perdre?

Elle aussi, me dit-elle, souffrait de toutes les heures dangereuses qui nous séparaient.

—Il faut que nous nous voyions plus souvent.

—Le peux-tu? fis-je.

—Tu le peux.