—Tiens! tiens! fis-je.
Étonnée, elle me regarda. Je repris:
—Celle qui lui plairait n’est pas libre?
Son regard se chargea de reproche.
—En effet, dit-elle. Elle est à toi.
Décidément, je tenais un mauvais rôle. Mais je n’eus aucune peine à m’avouer vaincu. Mon amie triompha sans pitié. Je n’entrerai pas dans le détail de sa victoire: je n’écris pas un livre pour collégiens. Le silence accoutumé de nos caresses avait une pudeur dépourvue de dissimulation. Je noterai, sans plus, que jamais ma triomphatrice ne s’était montrée si exigeante et si hardie.
C’est le propre de l’amour d’ignorer toute espèce de honte, et de ne pas s’y avilir. Au feu d’une étreinte loyale flambent toutes les mesquineries du sentiment. Mais la réalité, ce spectre des drames romantiques, nous frappe à l’épaule sans s’émouvoir de nos rêves qu’elle casse, et nous ne rouvrons si tôt les yeux que pour revoir nos soucis. Avais-je tort de me découvrir tel que j’étais devant mon amie et de m’acharner en quelque sorte à lui ressasser: «Je t’aime. Tu le sais. Tu feras de moi ce que tu voudras. Je serai lâche, si tu veux. Mais laisse-moi t’aimer?»
Elle m’avait dit à Nice:
—Il faut m’aimer.
Il n’était plus besoin qu’elle me le dît: elle n’entendait que trop certainement ce que je lui disais: