Il m’emmenait à l’écart. Était-ce pour me soustraire à mon petit succès, qui l’importunait peut-être?
Il avait quelque chose à me demander. Il s’en excusa, moitié sérieux, moitié badin, comme s’il s’adressait à un maître dont on se dispute la priorité.
—Depuis un an, me dit-il, je possède, près d’Argenton, une vieille bicoque Louis XIII. Je l’ai achetée parce qu’elle avait séduit ma petite belle-sœur, et aussi parce que, par le temps qui court, un célibataire de mon poil ne saurait mieux placer le superflu de ses rentes que dans de bonnes et solides pierres. D’autant que ces pierres sont entourées d’un magnifique parc, de dimensions respectables. Mes neveux, présents et futurs, me devront ces ombrages. Ils sont mes héritiers. Passons. Bref, voilà. Mon parc est aux trois quarts une forêt vierge, ou à peu près. Le quatrième quart a plus de dignité, si j’ose dire. J’aimerais y mettre en belle place une fontaine, et y disposer par ci par là quelques statues agrestes. Voulez-vous me faire l’honneur et le plaisir...
Il insistait sur les deux substantifs.
—... et le plaisir de civiliser ma forêt vierge?
Comme je ne répondais pas:
—Cela ne vous tente point? me dit-il.
Et il me posa la main sur l’épaule, affectueusement.
—C’est que, dis-je, je n’ai jamais rien tenté de tel.
Et ma réponse avait le ton d’un refus. L’autre ne s’en aperçut point, ou feignit.