—Tu n’as pas l’air content, mon Mien. Moi qui étais si contente! et qui croyais que tu serais si content! Tu aurais donc supporté de passer tout juillet, août, et septembre loin de ta Tienne?

Je pus enfin placer quelques phrases.

—Les convenances? dit mon amie. Quelles convenances? Nous aurons d’autres invités. Que tu en sois, qui s’en étonnera, puisque tu vas travailler à décorer le parc? Tu parles de convenances? Est-ce qu’on sait que tu es mon amant? Est-ce que cela se voit? Est-ce que je n’ai pas bien dissimulé hier?

Ses dernières paroles me furent comme une offense, comme une offense à elle-même, et d’autant plus grave qu’elle se l’infligeait. J’en éprouvais un malaise profond. Mais elle était si tendrement agressive!

—En outre, poursuivait-elle, sur un ton autre, il ne s’agit pas seulement de mon amant, il s’agit de mon amant qui est sculpteur. Tu vas décorer le parc d’Argenton. Ainsi, quand tu ne m’aimeras plus, quand tu m’auras abandonnée entre mon mari... et mon beau-frère...

—Mienne!

—... il me restera de toi ce beau souvenir vivant, les statues et la fontaine.

Avec quelle aisance elle passait, amoureuse exquise, de l’enjouement à la mélancolie! Avec quelle douceur elle touchait à la corde sourde qui m’émeut toujours au plus secret de mon cœur!

Nous contournions le premier lac.

—Rentrons! dit mon amie.