Et elle se rapprocha de moi, se faisant toute petite dans le creux du bras dont je lui enlaçai la taille.

On avouera que les raisons destinées par mon amie à me convaincre, n’étaient point irréfutables. Cependant, pour un homme qui aime, on les croira sans doute irrésistibles; ou bien on n’aurait jamais aimé.

Néanmoins, quand nous fûmes rentrés chez nous, je tentai de faire une nouvelle objection. Mon amie, sans me laisser achever, et feignant de ne pas entendre, se jeta contre mon épaule, la joue posée à sa place préférée, et, câline:

—Tu m’aimes? dit-elle.

—Tu m’aimeras longtemps? dit-elle encore.

Puis:

—Je n’ai plus qu’un quart d’heure à te donner, mon Mien.

Et, simplement, elle me montrait du regard notre divan noir.

—Je t’aime, ajouta-t-elle dans un souffle.

Une femme amoureuse a toujours raison. J’aurais eu tort de ne pas fermer les yeux. Parce que j’acceptais la vie de complications où elle nous entraînait, mon amie se montra plus tendre, comme si elle était enfin débarrassée d’un fardeau. N’avait-elle pas pénétré mes sentiments assez loin pour être sûre que je devinerais tout ce qu’une pudeur compréhensible l’empêchait de me révéler? Tout ce que, pour calmer mon impatience, elle ne pouvait pas me dire, n’était-elle pas avisée et prudente de me mettre en état de m’y reconnaître? Ou dois-je supposer qu’elle avait le goût du péril? Tant de femmes n’aiment que dangereusement! Mais se perd-on à de si torturantes pensées, quand une femme aimée vous ouvre ses bras? L’instinct nous mate. Nous n’en rougissons, car notre orgueil est grand, que plus tard. Dans l’heure même, le désir triomphe.