—Je ne conçois pas qu’on aime, dit-il, et qu’on ne soit pas jaloux. Et vous, ma chère petite belle-sœur?
Elle répondit sans se troubler:
—Je ne conçois pas qu’on soit jaloux quand on n’a pas sujet de l’être.
—On a toujours sujet de l’être, répliqua vite le beau-frère. Rappelez-vous les vers de Psyché; vous les avez applaudis hier soir, ma chère petite belle-sœur.
—Vous étiez aux Français, hier soir? demandai-je en la regardant.
Le beau-frère poursuivait:
—Rappelez-vous.
Et il récita:
—Je suis jaloux, Psyché, de toute la nature.
Les rayons du soleil vous baisent trop souvent.
Vos cheveux souffrent trop les caresses du vent;
Dès qu’il les flatte, j’en murmure.
L’air même que vous respirez
Avec trop de plaisir passe par votre bouche;
Votre habit de trop près vous touche,
Et, sitôt que vous soupirez,
Je ne sais quoi qui m’effarouche
Craint parmi vos soupirs des soupirs égarés.
Ces vers sont incomparables, je n’en disconviens pas. Mais récités par cet homme, non sans goût d’ailleurs, et ce jour-là, et dans ce lieu, je les aurais critiqués, dénigrés et ridiculisés avec joie. C’est que j’aurais peut-être voulu les réciter moi-même à mon amie et enlever en ma faveur l’émotion qu’ils ne peuvent pas ne pas produire sur une femme.