—Je vous remercie, disait-il au hasard.
Ou:
—Vous êtes bien bon.
Mais il avait envie d’expulser l’insupportable vieillard, dont la compassion était plus humiliante que la brusquerie de mademoiselle Baudetrot. Jamais comme à ces instants le père Trébuc n’avait souffert de l’infériorité forcée où le mettait son service de concierge; car, même après la guerre, même dans ce temps de confusion qui la suivit et dont chacun autour de lui se prévalait pour oublier de rester à son rang, il savait, lui, l’ancien sergent de Madagascar et de la Chine, rester à son rang et garder le sens des convenances.
Le père Trébuc, immobile, pâle, subit jusqu’au bout son humiliation.
—Je vous remercie, dit-il à monsieur Mujol, quand l’hôte du petit Rodolphe Jaulet enfin s’en alla.
XXXII
QUEL angoissant silence laissa dans la loge le départ de monsieur Mujol! Le père Trébuc était anéanti, moins par l’exaspération qu’il avait réprimée devant le flux de regrets du vieillard sinistre, que par l’inimaginable malheur que mademoiselle Baudetrot lui avait annoncé sans précautions. Il se sentait incapable de diriger ses pensées. Il ne comprenait pas. Il n’acceptait pas de comprendre tout de suite.
—Ma fille! songeait-il.
Est-ce de sa fille qu’on lui parlait? Ne rêvait-il pas? Pourtant elle n’était pas là, sa fille. Il ne l’avait pas vue depuis la veille, depuis vingt-quatre heures, ou guère moins. Toute la nuit, il l’avait attendue. Et la mère Trébuc, là-bas, au fond de la loge, près du réchaud à gaz, pleurait à petit bruit.