—Non, coupa mademoiselle Baudetrot. Appelez-moi Madame. Vous avez des préjugés, Monsieur Trébuc, comme tous les Français. Croyez ce que je vous dis: ce n’est pas avec des préjugés qu’on repeuplera la France.
—Madame...
—Non, je sais ce que vous me répondrez. Vous avez tort. Je vous le répète: ce qui est fait, est fait; et je vous ai dit quel est votre devoir.
Et mademoiselle Baudetrot ouvrit la porte avec vivacité, puis sortit, en saluant de la tête un vieillard malingre qui se disposait à entrer à son tour dans la loge et disait, d’un ton mielleux:
—Bonjour, Mademoiselle.
Monsieur Mujol, locataire du quatrième à gauche, venait présenter aux Trébuc ses regrets profonds et ceux de sa femme.
—Nous étions à cent lieues de nous douter de quoi que ce fût, dit-il avec lenteur.
Leur pensionnaire, ce petit Rodolphe Jaulet, semblait si discret, si timide, si réservé! A la table des Mujol, il ne parlait presque toujours que de musique, chapitre où madame Mujol pouvait lui donner la réplique sans peine, car elle était pianiste.
—Jamais nous n’aurions supposé, disait le vieillard verbeux, que nous possédions chez nous un pareil serpent.
La mère Trébuc s’était retirée au fond de la loge, près de son fourneau, pour pleurer sans contrainte. Pâle, les mâchoires contractées, le père Trébuc écoutait monsieur Mujol sans l’entendre.