—Le père Trébuc?
Que dirait-on, hélas?
Les mains derrière le dos, le père Trébuc s’enfonçait les ongles dans la chair, et baissait la tête.
—Belle journée, père Trébuc! lui disait au passage quelque personne de connaissance.
Il répondait machinalement:
XXXIV
IL n’eut pas besoin de dire à sa femme, en rentrant à six heures, qu’il n’avait pas trouvé Mousseline au bureau. A son air las, la mère Trébuc comprit tout de suite. Elle comprit aussi que le père Trébuc avait subi là-bas une nouvelle humiliation. Plus que des cris et des plaintes, le silence d’un homme comme le père Trébuc est significatif.
Sans commencer par se déshabiller ainsi qu’il avait coutume de le faire chaque soir, le père Trébuc s’était lourdement assis sur une chaise, à la place où Mousseline s’asseyait, près de la fenêtre. Il ne disait rien. Il avait ôté son képi, et, penché en avant, les coudes aux genoux, tel que, trois jours plus tôt, sur un banc du square, le papa désolé de la petite Ginette, le père Trébuc corrigeait avec minutie la courbure de la visière de son képi.
Pour la première fois depuis des mois nombreux, il était rentré chez lui sans s’arrêter au café de la rue Boursault. L’équipe des Brouchon, Bareuil, Potonnot, Letuigne, Chauchet et Deraque ferait la manille quotidienne sans le père Trébuc. Comme il était le seul qui n’y eût à peu près jamais manqué, il pensait que les autres remarqueraient son absence plus facilement que celle de tel ou tel d’entre eux, qui étaient moins réguliers que lui. Et il se disait qu’ils viendraient sans doute s’informer à la loge du motif de son absence. Et il serait obligé de leur dire pourquoi on ne l’avait pas vu devant son verre de vermout-cassis habituel, pourquoi on ne l’y verrait peut-être plus jamais.