Peu à peu le père Trébuc prenait conscience de tout ce qu’entraînait à sa suite le départ scandaleux de Mousseline. Toutes ces mains qui s’étaient tendues jusqu’à ce jour avec tant d’empressement vers un père Trébuc digne du plus grand respect, se tendraient-elles encore avec sympathie vers un père Trébuc déconsidéré?

Sur sa chaise, son képi entre les doigts, le père Trébuc ne disait rien. Dans le fond de la loge, silencieuse, et affairée du moins en apparence, la mère Trébuc épluchait un chou.

—Et Monsieur Daix? demanda le père Trébuc.

—Je ne sais pas.

—Tu n’as pas vu Madame Loissel?

—Dame si.

—Alors?

—Elle m’a point parlé de Monsieur Daix.

Par pitié, la mère Trébuc ne révéla pas à son mari que Monsieur Daix, leur ambition, à l’instant même que se produisait la catastrophe, avait déclaré que Mousseline était très gentille. Mais pouvait-elle ajouter ce regret au chagrin du père Trébuc?

Le père Trébuc ne demanda pas ce que madame Loissel avait dit d’elle-même. Pouvait-il contraindre sa femme à répéter tout haut des paroles qui durent l’humilier? La honte se suffisait. Il songea que la pauvre Maman souffrirait assez des sarcasmes que lui jetterait au visage la mère Chateplue, l’effrontée concierge de la maison voisine. Il songea qu’elle en avait déjà peut-être éprouvé l’insolence, comme il l’eût éprouvée en pleine salle du petit café de la rue Boursault, s’il ne s’était pas abstenu d’y aller.